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Pourquoi les syndicats enseignants de la FGTB
s’opposent-ils à la politique de pensions du gouvernement fédéral ?

 

La CGSP Enseignement et le SEL-SETCa Enseignement libre s’insurgent contre l'évolution négative des pensions qui impacte directement les conditions de travail des enseignants ainsi que leur qualité de vie. 

Des mesures avant tout idéologiques

Le discours politique en matière de pension est la plupart du temps articulé autour du modèle du « bon sens », de l'évidence. L'évolution démographique de la Belgique, l'arrivée à l'âge de la pension des enfants du baby-boom, la baisse de la natalité dans les année '70 à '90, l'accroissement de l'espérance de vie sont présentés comme autant d'éléments qui mettent notre système de pension en péril. Il est donc « évident » qu'il faut travailler plus et qu'il faut faire des économies dans le régime des pensions pour en assurer la pérennité. Or, il n'y a là aucune évidence, aucun bon sens mais bien un choix idéologique profondément marqué par le néo-libéralisme. Le coût des pensions qui nous est présenté comme intenable n'a rien d’inéluctable : il est le fait d'un choix, celui d'une sécurité sociale au rabais fondée sur un principe de rationnement où les dépenses s'adaptent aux moyens et non le contraire, au nom d'un équilibre budgétaire sacralisé et du refus d'un système d'imposition plus équitable. Dans ce contexte, le discours libéral accepte certes le maintien d'une sécurité sociale, mais limitée à une protection minimale. Au nom de la « responsabilisation des individus », il est donc laissé à chacun le choix de se prémunir plus ou moins pour ses vieux jours par l'assurance individuelle. Derrière cela, se dissimule à peine le principe d'une marchandisation de la protection sociale qui fait les choux gras des sociétés d'assurance et des fonds de pensions.

 

Pas ou peu d’impact ?

Le MR prétend que les mesures en cause ne provoqueront pas de réelles modifications à la pension des enseignants. Il choisit d’illustrer ses propos par des exemples dans lesquels la carrière des enseignants s’avère totalement plane et compte au moins 41 années d’ancienneté. Sauf que, on le sait tous, rares sont les travailleurs et plus particulièrement ceux de l’enseignement qui peuvent se prévaloir d’une carrière plane et complète. Combien d’enseignants, en effet, peuvent prétendre avoir trouvé un emploi à temps plein dans l’enseignement dès la sortie des études sans avoir jamais redoublé et, ensuite, n’avoir dû prendre aucun congé quel qu’il soit.

La réalité est pourtant bien différente. On connait les difficultés à obtenir un horaire complet durant les premières années où l’on travaille.

Rupture de contrat

Modifier la pension des enseignants en cours de route est totalement inacceptable quand on sait que le choix d’une vie professionnelle se fonde notamment sur les conditions existant au moment de ce choix. Certains quittent par exemple un emploi dans le secteur privé pour s’orienter dans l’enseignement et la perspective d’obtenir une pension convenable n’est pas absente de ce choix. Dès lors, cette restriction des droits en matière de pension n’est certainement pas un incitant pour attirer de futurs enseignants et pour les garder dans le métier. Cette restriction va renforcer encore le manque d’attractivité de la fonction enseignante alors que déjà, à l’heure actuelle, nombreux sont ceux qui quittent le métier après quelques années (manque de stabilité professionnelle, horaire variable, …)

Le métier d’enseignant : un métier difficile

Le métier d’enseignant est un métier extrêmement exigeant. En effet, il consiste notamment à gérer un ou plusieurs groupes plusieurs heures par jour tout en maintenant ses connaissances disciplinaires et pédagogiques. Gestion du groupe mais aussi gestion d’activités et pas n’importe lesquelles. Il s’agit en effet d’activités d’apprentissage qui demandent un temps important de préparation. Un métier exigeant donc tant sur le plan nerveux que sur le plan intellectuel. Dans bien des cas, c’est aussi un métier exigeant physiquement : il s’agit de rester debout des heures durant et parfois même porter des enfants. Il faut communiquer constamment et conserver ses cinq sens au top de ses capacités. Bref, il parait peu raisonnable quand on connait un peu les réalités du métier, d’allonger la durée de la carrière des enseignants.

La pension = un droit conquis

N’oublions jamais que le droit à la pension est un droit conquis, construit depuis plus d’un siècle et que ce droit est comme d’autres, le fruit de luttes sociales menées par nos prédécesseurs.

Les mesures prises ou envisagées n’affectent peut-être pas encore trop significativement les travailleurs d’aujourd’hui. Mais, dans quelques années, elles auront un impact beaucoup plus important. La diminution du montant de la pension se comptera en plusieurs centaines d’euros. Il faut garder cela en mémoire, penser à la collectivité et à l’avenir… Vers quel modèle de société nous dirigeons-nous ? 

Chacun de nous a droit au repos et à la quiétude, notamment matérielle, après une vie de travail intense et exigeante.

 

Etre pensionné ce n’est pas être une charge pour la société.. C’est se consacrer à sa famille, ses amis, son quartier, s’occuper de son potager, voyager, lire, écrire, militer, … Bref c’est conserver une utilité sociale mais dans un cadre non contraint, hors de la relation salariale et ses exigences de rentabilité, de flexibilité. Et cette liberté présente en soi un caractère subversif, parce qu’elle démontre que l’activité humaine peut répondre à une autre logique que celle du profit, parce qu’elle démontre qu’un autre monde est possible  que la société marchande. 

 

C’est à cette liberté que s’en prend le gouvernement.

 

Revenir sur cette liberté, la restreindre en quelque sorte, altérer les dernières années de l’existence en les précarisant … C’est un énorme retour en arrière que nous impose le Mouvement réformateur.